Inspiration pour un programme d'excursion nature

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Après une lecture de Dante - Victor Hugo (1836)

Quand le poète peint l’enfer, il peint sa vie:
Sa vie, ombre qui fuit de spectres poursuivie;
Forêt mystérieuse où ses pas effrayés
S’égarent à tâtons hors des chemins frayés;
Noir voyage obstrué de rencontres difformes;
Spirale aux bords douteux, aux profondeurs énormes,
Dont les cercles hideux vont toujours plus avant
Dans une ombre où se meut l’enfer vague et vivant!
Cette rampe se perd dans la brume indécise;

Au bas de chaque marche une plainte est assise,
Et l’on y voit passer avec un faible bruit
Des grincements de dents blancs dans la sombre nuit.
Là sont les visions, les rêves, les chimères;
Les yeux que la douleur change en sources amères,
L’amour, couple enlacé, triste, et toujours brûlant,
Qui dans un tourbillon passe une plaie au flanc;
Dans un coin la vengeance et la faim, sœurs impies,
Sur un crâne rongé côte à côte accroupies;
Puis la pâle misère au sourire appauvri;
L’ambition, l’orgueil, de soi-même nourri,
Et la luxure immonde, et l’avarice infâme,
Tous les manteaux de plomb dont peut se charger l’âme!
Plus loin, la lâcheté, la peur, la trahison
Offrant des clefs à vendre et goûtant du poison;
Et puis, plus bas encore, et tout au fond du gouffre,
Le masque grimaçant de la Haine qui souffre!

Oui, c’est bien là la vie, ô poète inspiré,
Et son chemin brumeux d’obstacles encombré.
Mais, pour que rien n’y manque, en cette route étroite
Vous nous montrez toujours debout à votre droite
Le génie au front calme, aux yeux pleins de rayons,
Le Virgile serein qui dit : Continuons!

Après avoir lu Dante - Victor Hugo (1836)

Quand le poète peint l’enfer, il peint sa propre vie :
Sa vie, une ombre fuyant les spectres qui la poursuivent ;
Une forêt mystérieuse où ses pas effrayés
S’égarent aveuglément hors des sentiers battus ;
Un sombre voyage entravé par des rencontres grotesques ;
Une spirale aux bords incertains et aux profondeurs immenses,
Dont les cercles hideux s’enfoncent toujours plus loin
Dans une ombre où s’agite un enfer vague et vivant !
Cette succession de marches se perd dans la brume incertaine ;

Au pied de chaque marche siège une plainte,
Et là, on entend un faible bruit,
Des dents blanches qui grincent dans la nuit sombre.
Là gisent visions, rêves et chimères ;
Des yeux que la douleur transforme en sources amères ;
L’amour, un couple enlacé, triste mais toujours ardent,
Qui, dans un tourbillon, inflige une blessure au flanc ;
Dans un coin, la vengeance et la faim, sœurs impies,
Accroupies côte à côte sur un crâne rongé ;
Puis la misère pâle avec son sourire indigent ;
L’ambition, l’orgueil, se nourrissant d’eux-mêmes ;
Et la vile luxure, et l’infâme avarice,
Tous les manteaux de plomb dont l’âme peut se charger !
De plus, la lâcheté, la peur, la trahison
Mettant des clés en vente et goûtant au poison ;
Et puis, plus bas encore, et tout au fond de l’abîme,
Le masque grimaçant de la Haine qui souffre !

Oui, c’est bien cela la vie, ô poète inspiré,
Et son sentier brumeux encombré d’obstacles.
Mais, pour que rien ne manque sur cette étroite route,
Tu nous montres toujours debout à ta droite
Le génie au front calme, les yeux pleins de lumière,
Le serein Virgile qui dit : Continuons !

Traduction : Tiffany Poon

Correspondances - Charles Baudelaire (1857)

La Nature est un temple où de vivants piliers
Laissent parfois sortir de confuses paroles;
L’homme y passe à travers des forêts de symboles
Qui l’observent avec des regards familiers.

Comme de longs échos qui de loin se confondent
Dans une ténébreuse et profonde unité,
Vaste comme la nuit et comme la clarté,
Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.

Il est des parfums frais comme des chairs d’enfants,
Doux comme les hautbois, verts comme les prairies,
— Et d’autres, corrompus, riches et triomphants,

Ayant l’expansion des choses infinies,
Comme l’ambre, le musc, le benjoin et l’encens,
Qui chantent les transports de l’esprit et des sens.

Correspondances - Charles Baudelaire (1857)

La nature est un temple où des piliers vivants

Laissent parfois surgir des mots confus ;
L’homme le traverse à travers des forêts de symboles
Qui l’observent de leurs yeux intimes.

Comme ces échos profonds qui se rencontrent de loin
Dans une harmonie sombre et profonde,
Aussi vaste que la nuit et la clarté,
Ainsi les parfums, les couleurs, les tons se répondent.

Il y a des parfums frais comme la chair des enfants,
Doux comme des hautbois, verts comme des prés,
Et d’autres, corrompus, riches, triomphants,

Possédant la diffusion des choses infinies,
Comme l’ambre, le musc, l’encens et la résine aromatique,
Chantant les extases de l’esprit et des sens.

Traduction : Geoffrey Wagner, Selected Poems of Charles Baudelaire (NY : Grove Press, 1974)